Netangels labéllisée French Tech

L’accélérateur est-il un modèle déjà dépassé ?

Depuis que Michael Dell a rapporté des millions aux investisseurs qui ont osé parier sur sa vision décalée de la technologie, les jeunes pousses attirent comme des lucioles dans le désert. Mais la recette pour les aider à grandir est une équation insoluble. Faut-il de l’argent ? De l’expertise ? Quelques contacts clés ? Des réseaux ? Du mentoring ? Un bon tableur ? Un cadre motivant ? Une machine à café bien placée ? Tout cela à la fois ? Et dans quelle proportion ? Après des années de réflexion, voilà que les accélérateurs pense tenir la formule magique : fournir aux porteurs de projet un programme d’accompagnement « à haute valeur ajoutée » mêlant formation, expertise et témoignage. Mélangez, secouez, c’est prêt. Dégustez votre start-up…

Quelle réalité derrière ce marketing enchanteur qui focalise ses pointeurs sur les réussites exceptionnelles de Criteo, Blablacar ou Meetic, révélées après des années de bagarre ? Un business model fragile : accompagner consomme beaucoup de cash et rapporte difficilement. Les capital venture le savent : pour dix entreprises qu’ils financent, une, peut-être, réussira suffisamment pour éponger les pertes de toutes les autres, et éventuellement dégager quelques bénéfices.

Les accélérateurs n’ont pas leurs moyens : pour espérer débusquer la pépite, ils doivent ratisser large. The Family, Numa, Camping, et bientôt la Halle Freyssinet aux 1000 start-ups et les 600 autres des incubateurs du Crédit Agricole font du métier d’investisseur la télé-réalité de la start-up : un grand radio trottoir qui ramènera dans la nasse les talents qui feront craquer l’audimat. Quitte à en oublier les fondamentaux de l’entreprise : monétiser un besoin du marché. Pour être rentables, ces accélérateurs devront être productifs, c’est-à-dire capables de mener un maximum de jeunes pousses vers les investisseurs. Plus question de s’attarder à construire un modèle, trop cher : le pitch devient le guide ultime pour lever rapidement des fonds. Charge ensuite aux nouveaux actionnaires de dépenser ce qu’il faut pour construire le business. Les règles du poker… et de la statistique.

Il y a trop de rêve et de fantasme dans ce modèle, et quantité de corollaires pervers. Le pire à craindre sera l’effet d’aspirateur. La Halle Freyssinet devra lancer ses filets sur toute l’Europe pour nourrir sa mécanique, et les quantités de fonds levés vont tuer les entreprises dans l’œuf en détournant les jeunes patrons des fondamentaux du business. Rabâchons-le : créer une entreprise innovante, c’est avoir la vision d’un modèle qui rapporte, le tester (ce qui devrait être le rôle exclusif des incubateurs et des accélérateurs), puis lever des fonds pour accélérer son développement. Trop d’argent, trop tôt, tue l’entreprise.

L’autre effet pervers touche les accélérateurs eux-mêmes : quand l’argent public nécessaire à leur lancement sera dépensé, la sélection naturelle fera le ménage. Ceux qui survivront seront ceux qui auront été sélectifs dans leur choix d’accompagnement, qui auront privilégié la qualité au nombre, et focalisé des ressources sur la recherche du chiffre d’affaires. Ensuite, d’autres modèles d’accélérateurs se nourriront de ces décombres : ayant fait la preuve de leur performance, ils serviront de tête chercheuse de talents et de diversification pour les grands groupes. Avec notre start-up studio, NetAngels mise déjà sur cette perspective.

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